Les conseils de Like la revue

Mieux nous connaitre

Nous sommes fiers de vous présenter, tous les trimestres, un numéro soigneusement imprimé, avec ses pleines pages de photos et ses récits de photographes. Dans chaque numéro, nous publions une grande variété de sujets. Nous accordons à chacun des photographes l’espace nécessaire pour déployer sa vision du monde et ses réflexions sur ce métier pas comme les autres. Photojournalistes, documentaristes ou plasticiens, tous y trouvent leur place. Vous êtes nombreux à saluer notre exigence éditoriale, c’est une reconnaissance précieuse. Concrètement, cela implique: une relecture collective de chaque article, des choix éditoriaux pensés pour répondre aux enjeux de la photographie contemporaine, et une diversité de propositions – reportage, portrait, archives, verbatim. Nous publions toutes nos photos en pleine page, sans recadrage. Notre revue est indépendante – elle ne dépend que de vous.

Notre sélection de beaux livres photo

Lélia Wanick Salgado et Sebastião Salgado, Espagne, 1986 © Claude Nori

Sebastião Salgado Glaciers

Dans les années 1980, Claude Nori dirige à Montparnasse sa maison d’édition Contrejour, qui devient bientôt un refuge pour les photographes qui croient au livre. C’est là, au cœur de ce petit monde d’images, de conversations et de débats animés, que va naître une amitié essentielle. Jeanloup Sieff, l’un des proches de Claude, lui parle un jour d’un Brésilien au regard grave et incandescent: «Il a quelque chose d’unique. Il faudrait que vous fassiez connaissance.» L’homme s’appelle Sebastião Salgado. Entre 1977 et 1984, il a parcouru la Sierra Madre mexicaine, les villages du Nordeste et les hauts plateaux andins. Ses images, d’un noir et blanc d’une puissance rare, témoignent d’une ferveur que Nori reconnaît immédiatement. La complicité est instantanée. L’éditeur comprend qu’il a face à lui un auteur, «quelqu’un qui raconte le monde avec la même intensité qu’un écrivain». Avec Lélia Wanick Salgado, l’épouse de Sebastião, ils imaginent ce qui deviendra Autres Amériques. Publié en 1986, l’ouvrage va connaître le succès. Il recevra le Prix du Premier Livre Photo, sera plusieurs fois réédité, et traduit en quatre langues. Cette même année, Nori accompagne les Salgado en Espagne, à une cérémonie où Sebastião doit recevoir le Premier Prix de la Photo ibéro-américaine. Entre Séville et Huelva, il les photographie à l’arrière de la voiture, blottis l’un contre l’autre, assoupis. Cette image, saisie sur le vif, deviendra un symbole discret de leur lien, d’une amitié tissée dans la confiance, la réciprocité et la tendresse. Des décennies plus tard, Nori s’en souvient encore avec émotion: «En les regardant aujourd’hui, je suis heureux de retrouver leur amour intact, défiant le temps.» Depuis la disparition du photographe le 23 mai dernier, les chemins de Claude Nori et de Lélia Wanick Salgado ont encore convergé, donnant, en ce mois d’octobre 2025, Glaciers. Pour Nori, c’est un geste d’hommage et de continuité: «Autres Amériques explorait la persistance des cultures paysannes, Glaciers célèbre la fragilité de la nature. Entre les deux, il y a la vie, la fidélité, et cette foi inébranlable en la beauté du monde.» Article publié dans le N22 de LIKE la revue.

Éd. Contrejour, 128 pages, 45€

JEAN-LOUIS MURAT

Frank Loriou Jean-Louis Murat Photorama

Jean-Louis Murat détestait la contrainte. Créer, oui, se vendre, non. Quitter Douharesse et les paysages grandioses du Puy de Dôme pour monter à Paris participer au cirque médiatique, en se mettant au service des attachés de presse, ne lui souriait guère. Il se méfiait des journalistes et plus encore des photographes. A une exception près: Frank Loriou, compagnon de route et d’inspiration. Qu’avait-il de différent? «Il semblait que j’arrivais à accompagner des artistes au fort tempérament, indociles, parfois intransigeants aux yeux de la maison de disques, dont l’univers, le discours, les valeurs, échappaient aux lois du marketing. Dans cette catégorie, Murat était le plus redouté», constate-t-il dans la préface du livre qu’il lui consacre aujourd’hui. On y découvre les coulisses d’un travail à deux, de ce moment où, une fois les chansons enregistrées, il faut trouver la représentation visuelle qui les amènera au public, largement, au-delà du cercle des admirateurs fidèles. Réfléchir à un thème, choisir la typographie juste, et surtout réaliser le portrait qui fera mouche. Dans ce délicat exercice, Loriou a toujours fait preuve d’une rare abnégation et d’une patience infinie. Il a su nouer une amitié solide avec Murat l’Auvergnat, qui, dans sa modeste longère à flanc de colline, menait une vie tournée vers l’écriture et la composition, répétant souvent, telle une devise: «un jour, une chanson.» Article publié dans le N22 de LIKE la revue.

Éd. Le Boulon. Préface : Charles Pépin. 204 pages, 35€

balnéotherapie

Alexandre Morelli Balnéothérapie

Photographier le vent. C’est l’idée initiale d’Alexandre Morelli lorsqu’il arrive en résidence d’artiste à Six-Fours-les-Plages, dans le Var, durant l’été 2023. Mais ses tentatives picturales et poses longues ne fonctionnent pas dans la lumière crue du Sud, trop franche, trop aveuglante. «Tout ce que je faisais était nul», raconte-t-il en riant. Alors, il décide d’en rajouter et sort son flash. C’est dans cet éclat artificiel projeté en plein soleil que naît Balnéothérapie. Le projet se déplace vers le théâtre collectif de la plage où chacun s’expose sans pudeur. «C’est un endroit fascinant, l’un des rares lieux où tu as des conventions acceptées par tout le monde. La première, c’est que tu te mets à poil et que ça ne gêne personne.» Un espace paradoxal, public mais vécu comme intime, partagé mais territorialisé – par une simple serviette posée sur le sable. Un microcosme social où le photographe s’invite, en tenue de bain, discret, le 40 mm à la main. Sous le soleil méditerranéen, son flash devient presque invisible : « La lumière est tellement dense que le flash ne se voit pas, et pourtant il part.» Cette surexposition maîtrisée, ce jeu entre brûlure et retenue, produit des images vibrantes, à la fois crues et sensuelles, où les corps, les textures, les couleurs s’entrechoquent. De la Côte d’Azur à l’Italie, Morelli poursuit son exploration des rivages et des attitudes. «Les gens bronzent de la même manière, c’est la même lumière, la même lenteur.» Peu à peu, la série devient récit. Dans Balnéothérapie, les images s’enchaînent comme les jours d’été. Le temps se répète, s’étire et boucle. «La première photo de l’ouvrage, c’est une jeune fille qui dort sur une plage au petit matin. La dernière, c’est une boule disco prise dans une boîte de nuit. Je me raconte une histoire: la fille qui est sur la plage, elle se repose de la nuit qu’elle a passée en boîte. Les vacances, c’est ça. Des journées qui se succèdent, semblables. Tu prépares tes vacances avec beaucoup d’engagement, mais quand tu arrives, qu’est-ce que tu fais? Rien. Tu te reposes. Et dans ce lâcher prise, il y a aussi une part d’ennui, il y a une part d’abandon.» Article publié dans le N22 de LIKE la revue.

Éd. Alexandre Morelli, 132 pages, 15€

Plus de livres

Hollywood Archives de LIFE

Éditions Taschen 708 pages, 200 €

Somptueusement présentées en un coffret où se logent deux gros volumes totalisant plus de 700 pages, les images de Life consacrées à Hollywood font revivre les heures triomphales de l’hebdomadaire américain et des légendes du cinéma, depuis la fin des années 30 jusqu’au début des années 70. Un défilé de centaines de photos, avec pour chacune une mise en contexte brève et informative. Tout à la fois anthologie de presse, de cinéma et de photographie, cette sélection d’archives, souvent en noir et blanc, se partage entre inédits et images connues, de Fred Astaire à Jane Fonda, de Shirley Temple à Marlon Brando, sur les plateaux ou chez eux, villas exceptionnelles et scènes de famille presqu’ordinaires. Les multiples aspects de la vie d’Hollywood se succèdent, les premières et remises de prix, mais aussi les personnalités et métiers: décors, maquillage, costumes, metteurs en scène, producteurs. D’une décennie à l’autre, on voit une Marilyn Monroe débutante se transformer en star absolue, les genres dominants évoluer, les grands studios perdre leur toute-puissance. Dans les années 60, Life, conçu avec l’ambition de montrer l’actualité du monde entier, s’intéresse au cinéma européen, avec des pages où rayonnent Sophia Loren, Brigitte Bardot. Âge d’or, rêve, glamour, séduction, pour un ouvrage qui se conclut sur les notices biographiques des dizaines de photographes – Philippe Halsman, Bert Stern, Alfred Eisenstaedt, Margaret Bourke-White, Robert Capa, Pierre Boulat… – auxquels on doit ces documents.  

Brûlure Linda Tuloup

Éditions André Frère 224 pages, 49€

Pour elle qui aime la simplicité, le confinement a constitué une parfaite occasion: un seul corps disponible, le sien, et les pellicules polaroïd qu’elle avait alors en stock. C’est ainsi qu’est née sa série Brûlure: après avoir réalisé des autoportraits à l’aide d’un retardateur, la photographe a voulu expérimenter un élément naturel, et elle s’est comme jetée dans le feu, en brûlant certaines de ses images, une destruction incontrôlable qui métamorphose. À mesure qu’elle se consume, la photographie s’anime, se tord, se redresse, comme si la mort de l’image s’accompagnait d’une renaissance chamanique. Le feu attaque l’épiderme du papier et il est impossible de prévoir comment celui-ci va réagir. Si les polaroids de départ présentent majoritairement une influence romantique préraphaélite, les déformations sont, elles, complètement diverses. 

Notre famille afghane, souvenirs d’une vie envolée  Olivier Jobard

Éditions de Juillet 200 pages, 45€

Après l’exposition présentée à l’automne 2024 à Caen, puis Paris, voici le livre: en 2013, Olivier Jobard rencontre le jeune Ghorban, qui a fui l’Afghanistan et vit dans la rue à Paris. Le photographe suivra désormais son quotidien, et une grande proximité s’établira peu à peu entre sa famille et lui. Sept ans plus tard, alors que l’adolescent a décroché son bac et sa nationalité française, ce qui va lui permettre de voyager légalement, il l’accompagne dans un séjour sur sa terre natale, où vivent encore les siens. Les photos révèlent le bonheur des retrouvailles et les blessures du déracinement. Après la prise de pouvoir des Talibans en août 2021, ses frères et sœurs ont pu être rapatriés en France. Le photographe, qui étudie depuis trente ans, sur tous les continents, les questions liées à l’exil, s’est attaché à “individualiser la migration”, alors que nous avons surtout l’habitude d’entendre à ce sujet des chiffres plutôt que des noms, oubliant la signification concrète, humaine, d’informations auxquelles on ne prête plus guère l’oreille, ni les yeux, ni le cœur.

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