Amazônia

Tommaso Protti
Jusqu’au 16 février 2020
Maison Européenne de la Photographie, Paris

Le photographe Tommaso Protti, accompagné du journaliste britannique Sam Cowie, a sillonné l’Amazonie brésilienne pour réaliser le portrait de cette région qui représente la moitié des forêts tropicales encore existantes sur la planète et où les crises sociales et humanitaires se superposent à la destruction massive de la forêt vierge. Déforestation, développement non réglementé, pollution, criminalité, pauvreté, faiblesse des institutions, corruption et prédation économique non règlementée sont les ingrédients de ce funeste tableau. C’est un témoignage fort et engagé du drame qui se joue loin de nous mais dont nous subirons inexorablement les conséquences après les populations indigènes menacées premières victimes de la situation. En couvrant différents territoires et problèmes, Protti montre les multiples facettes de ce drame. Par exemple, il a documenté l’industrie de l’extraction de l’or, secteur qui contribue à la déforestation, à la pollution et à l’empiètement sur les terres des autochtones. Il explique comment, depuis la dissolution des guérillas des FARC en Colombie, le fleuve Amazone est devenu une route importante pour le trafic de drogue, faisant de ces régions certains des endroits les plus violents du monde. Il a également photographié la vie quotidienne des gens qui y vivent et y travaillent et se battent pour préserver de la destruction ce milieu naturel fragile, ce « poumon de la planète » mais pour combien de temps encore? Ce travail a été récompensé apr le prix Carmignac 2019.

«Je souhaitais illustrer les transformations sociales en dénonçant le massacre et la destruction qui ont actuellement lieu dans la région. Ces différentes formes de violence sont les conséquences de changements au niveau du marché international et celles d’une augmentation exponentielle de la consommation à l’échelle mondiale, de la cocaïne à la viande de boeuf. Les scientifiques s’accordent à dire que la forêt est en passe d’atteindre un point de non-retour: la déforestation, alimentée par le commerce illégal du bois, l’accaparement des terres, l’expansion agricole, le développement de projets privés et étatiques et l’extraction de ressources en sont autant de causes. Je pense qu’il est important de sensibiliser le public sur ce sujet et de s’interrogersur ce qui est en train de se passer.» Tommaso Protti

 

Toutes les photos © Tommaso Protti

 

Grajau, Maranhão
Zone déboisée dans le sud de l’État du Maranhão vue depuis un hélicoptère de l’IBAMA, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables. Le Maranhão est l’un des États les plus affectés par les feux de forêt et le déboisement illégal, qui lui ont fait perdre 75% de sa couverture forestière. À chaque minute, la forêt tropicale amazonienne perd l’équivalent de la surface d’un terrain de football. Les scientifiques estiment qu’elle a atteint un seuil critique: si sa déforestation se poursuit, elle pourrait ne jamais se reconstituer.

Araribóia, Maranhão
Un garde forestier Guajajara devant le triste spectacle d’un arbre abattu par des exploitants forestiers illégaux dans la réserve d’Araribóia. Face aux fortes coupes budgétaires affectant les agences de protection de l’environnement et des peuples autochtones, les tribus amazoniennes forment leurs propres groupes de défense.

Crepurizão, Pará
Des garimpeiros (orpailleurs) ivres dans un bar de la ville minière du sud-ouest du Pará qui leur sert de base arrière et d’aéroport. De petits avions les transportent vers les sites aurifères illégaux de la région, y compris dans des territoires indigènes et des zones forestières protégées. L’économie de la ville tourne entièrement autour de l’orpaillage clandestin.

Araribóia, Maranhão
Des gardes forestiers Guajajara en patrouille dans la réserve d’Araribóia malmènent un Indigène suspecté de collaborer avec des exploitants forestiers illégaux.

Canaã dos Carajás, Para
Un responsable paysan dans le camp de paysans sans terre de Grotão de Mutum. Le Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre) lutte pour la réforme agraire dans un pays où 40 % des fermiers possèdent moins de 1,2% des surfaces cultivables.

Manaus, Amazonas
Un jeune homme assassiné gît dans la rue d’une banlieue pauvre, entouré de membres de sa famille, de voisins et de policiers qui attendent la levée de son corps. Il a été abattu d’une balle dans la tête devant sa maison, sans doute faute d’avoir réglé des dettes de stupéfiants. Manaus est devenue l’une des villes les plus dangereuses du Brésil, et la majorité des homicides y sont attribués par les autorités locales au trafic de drogues.

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