Une déclaration d’amour à Madagascar

Pierrot Men

3 questions Ă  Pierrot Men

La couleur du pays

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À la fois reporter et auteur, Pierrot Men est né et vit à Madagascar. Dans la veine humaniste d’un Willy Ronis ou d’un Robert Doisneau, il parcourt sans cesse son pays en captant avec beaucoup de tendresse la fierté, le courage et la dignité du peuple malgache, loin des habituels clichés exotiques ou misérabilistes. Des rencontres enchantées, pleines de lumière et de sourires, nourrissent une œuvre puissante faite de moments simples, des petits riens d’une vie parfois difficile mais qu’il sait restituer avec poésie et générosité.

Entretien

Parlez-nous de votre parcours en tant que photographe.
J’ai arrêté mes études très vite pour me consacrer à la peinture, après la visite au collège de l’artiste peintre Razafintsalama Noel, qui m’a beaucoup inspiré. J’étais et je suis toujours passionné par cet art. J’ai fait de la peinture pendant une quinzaine d’année en copiant mes propres photos. Une amie m’a révélé plus tard que mes peintures n’étaient pas aussi belles que les photos originales. C’est à partir de là que je me suis consacré entièrement à la photographie.

Quels sont votre sujet de prédilection?
Incontestablement l’humain.

Vous avez beaucoup photographié les enfants. Cela vous rappelle votre propre enfance?
C’est le miroir de mon enfance, un véritable autoportrait. Je suis né en pleine brousse de Madagascar, j’ai grandi avec beaucoup d’enfants de mon âge. Tout à mes débuts je les ai beaucoup photographiés. Je les trouve très spontanés et expressifs. Je continue à les photographier, c’est une bonne école pour travailler vite et aborder la photo de rue.

Comment a évolué votre photographie avec le temps?
Si aujourd’hui je regarde une photo que j’ai faite il y a 40 ans, j’ai l’impression que je l’ai faite aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai Ă©voluĂ©, je fais des images, juste des images. Je reste toujours passionnĂ© et fidèle Ă  mon premier regard sur mon pays.

Parlez-nous plus particulièrement des séries «Portraits d’insurgés 1947» et «Soatanana»
La sĂ©rie «Portraits d’InsurgĂ©s 1947» est un sujet qui me tenait beaucoup Ă  cĹ“ur. Il s’agissait pour moi de rendre hommage Ă  ces personnes qui se sont battues pour la libertĂ© et l’indĂ©pendance de Madagascar. Avec Jean Luc Raharimanana, Ă©crivain et poète que j’admire beaucoup, le but Ă©tait de recueillir des tĂ©moignages et des photos des personnes encore vivantes issues de cette pĂ©riode douloureuse de l’Histoire. Malheureusement, dans l’Ă©volution du pays, elles se font de plus en plus oublier. D’une manière un peu plus personnelle, j’ai depuis mon enfance Ă©tĂ© touchĂ© par tout ce qu’on me racontait au village, des faits rĂ©els, jusqu’à la perte de ma grand-mère Ă  cette Ă©poque…

Soatanana est un village que j’affectionne beaucoup. À 1h30 de la ville où j’habite, c’est dans ce village et auprès de sa communauté que j’ai fait mes premières armes, photographiquement parlant. Au début de ma carrière au milieu des années 70, j’essayais de gagner ma vie en faisant des reportages photo à l’occasion des mariages, des anniversaires, de divers événements, ou tout simplement des photos d’identités pour les usages administratifs.

La particularitĂ© des habitants de Soatanana est qu’ils s’habillent constamment d’une tunique blanche, signe de puretĂ©. Chaque dimanche constitue un Ă©vĂ©nement en soi car la messe y est sacrĂ©e, autant que la grande procession qui la prĂ©cède et la suit. Tous les ingrĂ©dients me semblaient rĂ©unis pour faire de Soatanana mon premier vrai sujet et travail photographique d’auteur. Jusqu’à aujourd’hui, les liens que j’entretiens avec cette communautĂ© sont restĂ©s toujours très forts, et j’y retourne aussi souvent que je peux.

Vous sillonnez le territoire malgache depuis très longtemps. Y a-t-il de la lassitude ou est-ce un éternel recommencement?
J’aime mieux dire qu’il s’agit d’une multitude de premières fois. MĂŞme si les trajets sont toujours les mĂŞmes pour aller d’un endroit Ă  un autre, chaque voyage se doit d’être diffĂ©rent, ce qui les rends donc unique. Une sorte d’émerveillement constant.

Vous êtes né à Madagascar et y avez toujours vécu. Comment avez-vous vu évoluer le pays?
J’ai l’impression que le temps s’est figé à Madagascar depuis l’indépendance, surtout dans les milieux ruraux. Mais ce que je retiens, malgré les hauts et surtout les bas, c’est que le peuple malgache est d’une infinie sagesse, d’une noblesse remarquable et d’une grande patience. L’espoir peut se lire sur tous les visages et je pense que le meilleur reste à venir.

Quels sont vos projets Ă  venir?
Essayer encore de faire de belles rencontres photographiques et pouvoir exprimer aux gens photographiés que je les aime. En quelque sorte une déclaration d’amour à Madagascar.

Propos recueillis par Gilles Courtinat

 

 

© Pierrot Men

Le noir et blanc

Portraits d’insurgés en 1947 et «Soatanana»

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