Louis Boutan

Invention de la photo sous-marine

Homme de science, Louis Boutan se rend en 1884 au laboratoire Arago à Banyuls-sur-Mer où il sera chargé d’étudier la biologie marine. Faisant de la plongée et frustré de ne pouvoir ramener d’image des beautés qu’il voyait au fond, une idée germe dans son esprit. «L’étrangeté de ces paysages sous-marins m’avait causé une très vive impression et il me paraissait regrettable de ne pouvoir la traduire que par une description plus ou moins exacte, mais forcément incomplète. J’aurais voulu rapporter de ces explorations sous-marines un souvenir plus tangible. Mais il n’est guère possible, quelque bon scaphandrier que l’on soit, de faire un dessin, voire même un croquis, au fond de l’eau. Je résolus alors d’essayer la photographie. Puisqu’on arrive à prendre sans difficulté un paysage en plein air, pourquoi, me disais-je, ne parviendrait-on pas à faire une photographie au fond de la mer?» Aidé de son frère Auguste et du mécanicien Joseph David, il va mettre au point en 1893 un encombrant boitier étanche en fer lourd nécessitant 3 hommes pour le déplacer. Relié à une embarcation positionnée au dessus de lui, équipé d’un lourd scaphandre, avec arrivée d’air depuis la surface et chaussures aux semelles lestées de plomb, Boutan s’immerge dans les profondeurs. « Le bateau étant solidement ancré sur le fond et maintenu dans une position invariable à l’aide d’une série d’amarres fixées aux rochers de la côte, je revêtais l’habit de scaphandrier, et je descendais sur le point choisi d’avance comme centre d’opérations. Après avoir pris terre à la profondeur voulue, je donnais au patron le signal de me faire descendre les différentes parties de l’appareil photographique. Je recevais au bout d’une corde le trépied en fer, l’appareil contenant la boite photographique et un poids en fonte destiné à caler le tout. Je me mettais alors en marche pour choisir définitivement le point de vue à reproduire. Le paysage une fois choisi, j’installais à loisir le pied de l’appareil, et je disposais la boite photographique de manière à n’avoir plus qu’à soulever un bouchon pour ouvrir l’obturateur. Ceci fait, un nouveau signal était expédié par moi au patron, qui tenait en main la corde de sauvetage. Ce signal signifiait que la pose était commencée, et j’attendais patiemment que le patron m’indiquât de nouveau la fin de l’opération.» Cependant, les temps de pose longs de plusieurs dizaines de minutes posaient problème du fait des mouvement de la faune et la flore sous-marines. Poursuivant ses recherches, Boutan va mettre au point un système d’éclairage composé de deux lampes à arc alimentées par des batteries électriques fixées de chaque côté de l’appareil. Pesant 500 kg, il fallait une heure pour remonter l’équipement mais grâce à cela, il va réaliser les premières images suffisamment nettes du monde sous-marin qui, réunies dans un ouvrage intitulé «La photographie sous-marine et les progrès de la photographie» rencontreront un grand succès auprès du public. Bien que Boutan ne soit pas à proprement parler le premier à avoir fait une photo sous l’eau, l’anglais William Thompson l’ayant précédé quelques années plus tôt, mais avec un résultat de très médiocre qualité, il peut être considéré comme le véritable précurseur et initiateur de la photographie sous-marine.

Gilles Courtinat

Portrait de scaphandrier

Panneau avec l’inscription «Photographie sous-marine», une des premières images réalisées par Boutan

Portrait d’un plongeur (Louis Boutan)

 

L’appareil photo 

Le livre «La photographie sous-marine et les progrès de la photographie» de Louis Boutan édité en 1900

Le système d’éclairage (Boutan est à gauche)

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