La paréi… quoi?

Questions à Christophe Rodo, neuroscientifique

Toute personne ayant eu ou fréquenté des enfants a eu l’occasion de jouer à ce petit jeu qui consiste à reconnaître une forme dans les nuages, visage, animal ou objet. C’est charmant, inoffensif et propice à développer l’imagination des chères têtes blondes ou pas. Cela ne se limite pas aux nuages, on peut voir plein de choses dans notre environnement ou la nature, un monstre dans un tas de ferraille, des phares de voiture qui nous font les gros yeux, un animale qui n’est qu’un gros cailloux et même la Vierge Marie sur un toast brûlé… C’est la paréidolie, du grec ancien para, «à côté de» et eidôlon, diminutif d’eidos «apparence, forme». C’est un phénomène psychologique qui fait que nous donnons un sens concret et reconnaissable à des formes abstraites que nous voyons. Mais pourquoi donc voyons nous des choses identifiables dans ce qui n’est en réalité qu’amas informes? Selon la science, cela remonte à assez loin dans l’histoire de l’humanité, quand Homo devait sa survie à sa capacité à reconnaître très vite ce qu’il voyait devant lui et décider si cela pouvait présenter un quelconque danger ou intérêt. Ne pas prendre des vessies pour des lanternes, ne pas confondre un tigre avec le diner ou l’ennemi avec l’ami. Plutôt que de rester dans le doute face à une forme inconnue, autant lui donner un sens, ne serait-ce que pour sortir du dilemme «manger ou être manger». Il est quelqu’un qui, grâce à cette particularité, a connu une bien belle notoriété, c’est le psychiatre suisse Hermann Rorschach qui a inventé le test éponyme. Détail amusant, dans son jeune âge, excellent dessinateur et aimant la peinture, il était surnommé «Klecks» ce qui veut dire «tache» mais l’histoire ne dit pas si cela est à l’origine de l’idée qui allait le rendre célèbre. Apparitions divines, soucoupes volantes, figure diabolique dans la fumée du World Trade Center ou visage sur le sol de la planète Mars, la liste est longue d’interprétations qui pourrait fort bien n’être qu’une fois de plus cette sacrée paréidolie qui joue un tour à nos sens, mais pour en savoir un peu plus, nous avons posé quelques questions à Christophe Rodo, neuroscientifique, qui anime le podcast «La Tête Dans Le Cerveau*». Liant les apports de la connaissance aux avancées de la société, ce passionné de sciences cognitives participe à différentes initiatives de vulgarisation scientifique par le biais de conférences, d’articles grand-public et d’une chronique radiophonique et podcastique hebdomadaire. Ces diverses activités de vulgarisation l’ont poussé à se questionner tout particulièrement sur les croyances scientifiquement non démontrées répandues dans le grand-public à propos du fonctionnement cérébral. A travers ses différentes interventions, il s’évertue à déconstruire ces neuromythes.

* https://soundcloud.com/latetedanslecerveau

 

Tout d’abord de quoi s’agit-il?
En termes scientifiques, la paréidolie se définit comme «l’interprétation d’objets précédemment invisibles et sans rapport entre eux comme étant familiers en raison d’un apprentissage antérieur». De manière plus explicite, la paréidolie peut se définir comme la perception familière d’un élément assez quelconque qui est pourtant investit d’une signification particulière connue de l’observateur. Plus simplement, c’est par exemple reconnaitre la forme d’un chien dans les nuages, un visage sculpté sur des photos de la surface de Mars, ou voir Jésus sur un toast, alors que dans tous ces cas, ce ne soit que des formes assez vagues.

Comment s’explique ce phénomène?
Nous pourrions croire que tout ce que nous percevons autour de nous n’est que le résultat d’un traitement passif de notre environnement par notre organisme, mais la réalité est bien plus complexe. Notre organisme ne fait pas que récupérer des informations du monde qui nous entoure, il traite ces informations et les interprète. Tout ce que nous percevons, n’est pas le simple reflet de la réalité, mais le résultat du traitement et de l’intégration d’un grand nombre d’information dont le cerveau, principalement, donne une interprétation. C’est cette résultante que nous percevons et que nous avons tendance à nommer la réalité. Ainsi, la paréidolie reflète le fait que notre cerveau interprète notre environnement en permanence quitte à donner un sens à un élément là où il n’y a pas lieu d’être.

En quoi est-ce différent des illusions d’optique?
Les illusions d’optique sont également un phénomène permettant de montrer que notre cerveau interprète le monde. Mais là où la paréidolie revient à donner un sens à un élément qui n’en a objectivement pas, les illusions d’optiques correspondent davantage à une perception érodée d’un élément. Jouant notamment sur la profondeur, la perspective ou encore le contraste, les illusions d’optique mettent en échec le système de traitement des informations pour aboutir à une perception différente. Dans les illusions d’optiques, tout comme dans la paréidolie, ces phénomènes sont très intéressants, car en étudiant les conditions les induisant, cela nous renseigne sur la manière dont le cerveau récolte, traite et interprète les informations qui nous entourent.

Quelle peut être l’influence culturelle, religieuse ou expérimentale?
Notre cerveau et le traitement de l’information qu’il réalise apparait comme essentiel pour la perception du monde qui nous entoure. Or si dans les grandes lignes, nos cerveaux sont identiques, dans le détail, chaque cerveau est unique. Cette typicité est le reflet de l’interaction entre qui nous sommes (notre base génétique) et ce que nous avons vécu (notre environnement et nos expériences). Notre éducation, nos expériences, nos croyances structurent notre cerveau. Notre perception étant en grande partie fondée par l’interprétation que notre cerveau fait des informations qu’il traite, qui nous sommes et ce que nous avons vécus (de manière plus ou moins subtile) influence donc notre vision du monde.

Les visions mystiques ou les apparition d’ OVNI sont elles une forme de paréidolie?
C’est une question complexe, car les visions mystiques, comme les apparitions d’OVNI peuvent être le fruit de plusieurs manifestations pathologiques. Or, dans la plupart des cas, la paréidolie n’est pas une manifestation pathologique. De manière un peu caricaturale, la paréidolie va donner une signification à une information qui ne la comportait pas vraiment. Or, cette apposition de sens est un phénomène que nous ne contrôlons pas réellement, ce n’est pas un ajout a posteriori pour essayer d’expliquer un phénomène comme cela peut se passer lors de visions mystiques ou d’OVNI.

Qu’en est-il de la forme auditive de la paréidolie?
A quelques détails prêts, la forme auditive de la paréidolie est comparable à sa forme visuelle : ajouter du sens à un élément à partir de ce que l’organisme récolte comme information et a comme connaissance. C’est ainsi qu’il est possible de reconnaitre des suites de mots de notre langue dans des chansons d’autres langues, alors que ces mots n’y sont pas vraiment.

Propos recueillis par Gilles Courtinat

Sphinx des Bucegi, Roumanie
© Radu Privantu

Batman
©Sellig Tanitruoc

Visage binoculaire
©Trevor Hurlbut

Photo par le satellite Viking 1 d’un relief et un jeu d’ombre sur la planète Mars, 25 juillet 1976. Depuis, de nouvelles photos prises par la sonde Mars Global Surveyor avec une résolution bien supérieure ont montré qu’il s’agit d’une colline érodée.

Les géants de Moscou

Mignons faitouts

La coccinelle fait la tronche

Elephant Rock, Islande
©Diego Delso

Donald

Avatar

L’église poulet

Strabisme métropolitain
©Sellig Tanitruoc

Le requin-scie a une gueule de raie

Papy

Rigolade potagère

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