Derrière ton écran

Kai Löffelbein

Que deviennent les millions d’appareils électroniques après que nous les ayons mis au rebut? Achat compulsif du dernier jouet technologique à la mode ou remplacement d’un outil frappé par l’obsolescence, nous sommes les prisonniers d’un cycle pervers dont le coût pour la planète est de plus en plus lourd. Notre servitude alimente une machine folle déversant sans retenue nos matières dangereuses dans les pays en développement, dévastant les paysages et les hommes et créant de véritables enfers sur terre. Cette série explore l’exploitation irresponsable de ressources limitées, l’un des problèmes les plus urgents de notre monde globalisé actuel. Kai Löffelbein a suivi le chemin parcouru par des déchets électroniques depuis l’Europe et les États-Unis jusqu’au paysage post-apocalyptique d’Agbogbloshie au Ghana. «Beaucoup de gens vivent dans cette zone très pauvre, dans un bidonville que les habitants appellent Sodome et Gomorrhe. Quand vous entrez dans ce lieu, vous marchez sur des circuits imprimés et de vieux moniteurs. Beaucoup de gens travaillent là-bas, surtout des jeunes hommes venus du nord du pays, plus pauvre, pour essayer de gagner un peu d’argent. Dans la plupart des cas, ils ne cherchent que des matières premières comme le cuivre et le fer. Ce n’était pas si difficile d’accéder à cet endroit, mais il faut toujours un certain temps pour se rapprocher des gens. Au début, quelqu’un m’a arrêté et m’a demandé ce que je faisais. Ce type était un chef local et il m’a dit que je n’avais pas le droit de faire des photos. Je suis rentré chez moi et je ne savais pas comment continuer l’histoire, mais bien sûr, je devais continuer. J’étais prêt à le rencontrer le lendemain. Finalement, ça s’est bien passé. J’y suis allé tous les jours, pas seulement pour photographier, mais pour rester avec les gens, parler avec eux, et jouer au football avec les enfants.» Löffelbein s’est également rendu dans la ville de Guiyu en Chine où plus de 100000 personnes travaillent au recyclage des composants. L’endroit est funestement surnommé le cimetière électronique et détient le bien triste record de la plus grande décharge de déchets d’équipements électriques et électroniques au monde. Il est allé dans les ateliers d’arrière-cour de New Delhi pour documenter méticuleusement les conditions effroyables dans lesquelles les travailleurs, parfois même des enfants, tentent de récupérer les précieuses matières premières contenues dans nos e-déchets qui sont illégalement exportés de l’Occident afin de s’affranchir d’un coûteux recyclage. Dans un monde de plus en plus numérisé, une vie sans appareils électroniques nous semblerait totalement inconcevable: ordinateurs, téléphones portables, lecteurs MP3 et tablettes sont devenus nos indispensables compagnons de tous les jours. Mais tant que nous continuerons à nous définir par les produits que nous consommons (le dernier smartphone, le processeur le plus rapide ou le portable le plus fin), des millions de tonnes de déchets électroniques produits annuellement continueront à s’entasser et les problèmes sanitaires et environnementaux qu’ils engendrent continueront à croitre.

Gilles Courtinat

 

Ce travail a été réuni dans le livre «CTRL-X. Une topographie des déchets électroniques» paru aux éditions Steidl.

Toutes les photos: ©Kai Löffelbein
Portrait de Kai Löffelbein: ©Bernd Schwabe

Ghana

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