Iran, RĂ©volution

 

Michel Setboun

Ancien architecte, Michel Setboun est photographe depuis 1978. Il a parcouru la planète pendant près de vingt ans pour le compte de plusieurs agences dont Sipa Press, couvrant les grands événements au gré de l’actualité. Devenu photographe indépendant, il continue à travailler sur des sujets au long cours pour des magazines internationaux tels GEO, Figaro Magazine, New York Times, Life, Paris Match. Michel Setboun est l’auteur aux Éditions de La Martinière de Mongolie, Rêve d’infini (2002), New York Vertigo (2007), Venise (2008), Le Caire. La renaissance d’une ville (2010) et des deux premiers volets de la trilogie 40 ans de photojournalisme, génération Sipa (2012) et 40 ans de photojournalisme, génération Sygma (2013). Rencontre.

 

 

 

Photo-graphique

Quarante ans, l’âge d’une révolution, le temps aussi pour le photographe Michel Setboun, 66 ans, “de sortir du photojournalisme et de son rapport au réel“. Couverture noir et sang mais sobrement intitulé “Iran, Révolution“ aux éditions des Arènes, son nouvel album sur la révolution Iranienne qu’il a largement contribué à documenter de 1978 à 1981, période clé de l’histoire du Moyen-Orient, donc du monde, risque d’en déconcerter plus d’un. «Mon précédent livre sur Paris en noir et blanc jouait beaucoup sur la lumière, pour celui-ci sur l’Iran, j’ai décidé de pousser les curseurs graphiques encore plus loin grâce aux outils informatiques”. Résultat: un album dont la narration est proche de celle d’un album BD en noir et blanc, à des années-lumière d’un classique album de photos. «Les images retravaillées, avec leur noir profond et leur graphisme, deviennent beaucoup plus puissantes en dessin. Je raconte une histoire ancienne avec un langage d’aujourd’hui, c’est un choix artistique“ explique celui qui n’a jamais oublié ses sept années aux Beaux-Arts de Paris ni son diplôme d’architecte.
Photographe aguerri, ayant parcouru le monde, documentant ses déflagrations, Setboun, habitué à témoigner pour les autres doit cette fois parler de lui-même, se raconter à la première personne au cœur de la révolution des Mollahs.
«Ça reste de la photo et en photo, encore plus que dans la réalité, seule la lumière compte. Quand on choisissait une qualité de film en fonction de la couleur que l’on souhaitait apporter, c’était déjà un choix. Quand on estime que le noir&blanc est la substance de la photographie, c’est aussi un choix, le réel n’est pas en noir & blanc».
Les options artistiques ainsi posées, reste la qualité du témoignage. «Dans beaucoup de pays, lors des événements que j’ai couvert, il n’y avait pas de mémoire des faits. Aujourd’hui, la moindre manif de gilets jaunes attire 400 photographes, le problème de la mémoire ne se pose pas, mais pour beaucoup de pays émergents, leur mémoire, c’est les photographes occidentaux qui la détiennent. Ça n’a aucune valeur économique mais pour eux c’est une valeur incommensurable».
L’Iran, c’est la première grande histoire de Setboun, une révolution dont il a senti les prémices «Je suis arrivé très tôt début 78, je venais d’avoir mon diplôme d’architecte. Premier voyage durant un mois à attendre dans un hôtel minable, il ne se passait rien». Setboun ne se décourage pas, il y retourne, sa ténacité sera récompensée. Les troubles, les manifestations s’enchaînent et très vite, la loi martiale est promulguée. Puis arrive le “vendredi noir“, l’armée tire sur la foule place Jaleh, c’est un massacre, le cycle de la haine est enclenché, le début de la fin du régime du Shah, Setboun est présent, ses photos font le tour du monde. En France, sur l’invitation des révolutionnaires, il se rend dans un modeste pavillon de Neauphle le Château en banlieue parisienne où il découvre enfin celui que les rues de Téhéran plébiscitent, un vieil homme qui trône sous un pommier comme St Louis sous son chêne, l’Ayatollah Khomeiny. Retour en Iran où les événements se succèdent, manifestations monstres, insurrection, fuite du Shah, retour de Khomeiny, prise d’otage à l’ambassade US, Setboun est toujours là. 30000 clichés plus tard, –600 ont servi pour le livre–, il décide de faire le point. Une grande expo? Déjà fait à Téhéran il y a cinq ans avec un livre de 400 pages à la clé. En France? Trop éloigné. «Ce n’est pas notre histoire, qui va s’intéresser à cette révolution?». Faut voir! Ce qui est sûr, c’est que si l’histoire de la révolution Iranienne n’intéresse pas les Français, celle de Setboun intéresse tout le monde.

Patrick Artinian

Iran RĂ©volution
Michel Setboun
Les Arènes

Broché 160 pages
22.90 €

Bonnes feuilles. Diaporama Automatique

Dessins ? Photos ? Diaporama

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Saisissez les éléments à chercher et appuyer sur la touche "entrée"