Festival du Regard

Habiter, c’est ainsi que les hommes vivent…

Jusqu’au 14 juillet 2019

Parcours dans la ville

Cergy-Pontoise

Dis-moi où tu habites…

Dès son invention, la photographie a toujours eu deux fonctions essentielles: enregistrer et immortaliser la vie de famille et faire découvrir d’autres modes de vie lointains. Avec le thème «Habiter», il s’agit de réunir ces deux explorations, de mettre en relation le quotidien et l’ailleurs, le banal et l’étonnant, l’anodin et l’extraordinaire dans une belle cohabitation documentaire et artistique. Aujourd’hui, nous habitons un «village global» mais est-ce pour autant que nous connaissons bien les modes de vie de nos voisins, qu’ils vivent à quelques kilomètres ou aux antipodes? Bien sûr les urbanistes, les sociologues, les architectes… se penchent régulièrement sur le sujet et le prix de l’immobilier reste un des marronniers de la presse et de la télévision. Mais la photographie va offrir une autre vision de cette question, en l’interrogeant sous de nombreux aspects, à la fois esthétiques et politiques. Que l’on soit artiste ou photojournaliste, conceptuel ou factuel, dès que l’on photographie un habitat, on crée une nouvelle forme de connaissance de ce lieu, de son usage, de sa géométrie, de sa personnalité.

Seront exposées les mégapoles de Michael Wolf dont l’ensemble de l’œuvre est axé sur la complexité de la vie urbaine. Ses tirages de grand format nous plongent dans Hong-Kong, Tokyo ou Chicago, par des cadrages géométriques et immersion parfois à la limite de l’abstraction. Parallèlement, les photographies réalisées en Chine et à la chambre par Cyrus Cornut nous racontent comment certains exilés du barrage des Trois-Gorges se sont réappropriés l’habitat urbain tentaculaire de Chongqing, ville de 34 millions d’habitants. Cyrus Cornut, architecte de formation, nous proposera aussi un voyage plus proche de nous, en périphérie de Paris, où il a documenté la bande de territoire qui jouxte la capitale où se frottent lotissements, pavillons et barres d’immeubles dans des lumières et des ambiances électriques. Autre continent, autres habitats et habitudes, Anne Rearick s’est intéressée aux township et ghettos périurbains d’Afrique du Sud. Dans un noir et blanc sobre et élégant, elle met subtilement en évidence un nouvel apartheid d’ordre économique. Son empathie – elle entretient une véritable relation avec les sujets photographiés – se ressent également au Pays Basque où elle s’est plongée dans la vie rurale.
C’est en France également qu’Hortense Soichet mène une enquête photographique sur l’habitat social depuis de nombreuses années. Elle nous invite dans les intérieurs de la Goutte d’Or, quartier parisien populaire, dont elle a dressé un portrait intime, loin des clichés. Sont réunis dans un accrochage collectif des ensembles de photographies de grands noms et compagnons de route du festival. Ce sera l’occasion de découvrir les photographies de Cergy en couleur réalisées par un certain Robert Doisneau en 1984… Mais aussi, jamais montrés, les tirages noir et blanc de Jean-Claude Gautrand représentant des blockhaus habités. Egalement l’emblématique immeuble Giron à Cuba par Jean-Christophe Béchet, la banlieue de Paris par Sabine Weiss, des oeuvres de Lucien Hervé ainsi que des tirages albuminés d’Eugene Atget. Enfin, c’est à un habitat imaginaire que nous convie Frank Kunert, qui réalise des maquettes d’intérieurs surréalistes et drôles. En extérieur, Marie-Pierre Dieterlé présente «Cité Gagarine sur le départ», quotidien des habitants de cette cité d’Ivry-sur-Seine vouée à la démolition. Plus au sud, Yohanne Lamoulère, a fait de Marseille le territoire privilégié de son regard de photographe et de citoyenne. C’est dans la banlieue de Delhi, en Inde, qu’Arthur Crestani a rencontré une usine à rêve, où promoteurs et publicitaires rivalisent d’audace pour convaincre la classe moyenne d’investir dans des complexes résidentiels. Autre rêve, mais lui déjà bien réel, celui imaginé à Sun City en Arizona où de riches retraités américains vivent volontairement retirés du monde sans se mélanger au reste de la population. Peter Granser a réussi à pénétrer ce ghetto pour riches. Il est également l’auteur de El Alto, photographies des réalisations baroques signées par l’architecte bolivien Freddy Mamani. En extérieur aussi, le Luxembourg de Nikos Zompolas. D’origine grecque, ce photographe a su montrer l’étrange banalité de l’architecture de son pays d’adoption, un pays dont chacun sait le nom mais que peu connaissent vraiment. Ensuite «Portraits submergés» de Gideon Mendel qui depuis 2007 tire le portrait des victimes d’inondations dans leurs intérieurs sous l’eau afin d’alerter sur les conséquences du réchauffement climatique. Finissons le tour d’horizon de cette programmation par les photos de Thomas Pesquet réalisées pendant ses six mois de vie à bord de la Station Spatiale Internationale.

Cyrus Cornut
Chongqing, sur les quatre rives du temps qui passe

Frank Kunert
Lifestyle

Frank Kunert
Lifestyle

Arthur Crestani
Bad city dreams

Peter Granser
Sun city

Gideon Mendel
Portraits submergés

Michael Wolf
Architecture of Density

Yohanne Lamoulère
Faux Bourgs

Anne Rearick
Pays Basque

Nikos Zompolas
Le Luxembourg, volume deux


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