Christine Spengler

L’Opéra du monde

Jusqu’au 26 mai 2019

Musée de la Photographie Charles-Nègre

Nice

Un message d’espoir

Christine Spengler découvre sa vocation de photographe de guerre «en quelques secondes et tout à fait par hasard», à l’âge de 23 ans, avec son jeune frère Éric alors qu’ils viennent de perdre leur père. Pour fuir le deuil, ils décident de faire un long voyage. Ils traversent le désert du Ténéré pour aller dans le Tibesti en guerre, à la rencontre des combattants Toubou. Faite prisonnière avec son frère par les légionnaires français qui les soupçonnent d’espionnage, c’est là que naît sa vocation, à savoir, témoigner. Elle prend la première photo de sa vie de reporter au Tchad, avec un appareil offert par son frère, assuré ainsi que, n’étant pas photographe, elle réussirait au moins grâce au grand-angle à attraper quelque chose. «Je suis née le jour de ma première photo au Tchad en 1970», écrira-t-elle. À l’annonce de la mort de son frère, pendant de nombreuses années, sa vie n’a été qu’en noir et blanc, fuyant le sensationnalisme, solidaire de tous les deuils du monde, «mon deuil personnel devient deuil universel», dira-t-elle. Comme lorsqu’elle photographie l’enfant de Phnom Penh ou la petite fille de Managua ou encore l’enfant soldat au Polisario, elle renforce sa volonté d’être du côté des opprimés et des marginaux. Elle se décrit comme la combattante qui a toujours su voir et photographier l’espoir au milieu des ruines. Elle a toujours abordé les conflits avec cette lueur d’espoir, comme en Irlande du Nord en 1972, avec la joie des enfants, malgré le chaos derrière eux. L’une de ses récentes photos dans la jungle de Calais résonne comme un message d’espoir avec les colombes blanches, symbole de paix, dessinées sur la bâche qui sert d’abri à un migrant. À chaque retour de reportage, elle réalisera des photographies en couleur pour exorciser tout ce qu’elle a vu. Ce sera comme un Opéra à la fois tragique et magnifique, l’Opéra du monde. Le rouge dans L’Opéra du monde inonde souvent ses photos et évoque le sang des guerres dont elle essaie de se libérer mais aussi pour exprimer la passion, la vie et l’amour. «Ces natures mortes en couleurs que je réalisais depuis des années, m’ont permis de survivre… Ce n’est pas vrai qu’une photo équivaut à mille mots, dans la photo du bombardement de Phnom Penh qui me poursuit encore en rêve aujourd’hui, il manque le cri des enfants qui cherchaient à s’échapper de cette jungle de feu, je me souviens des chevaux qui se cabraient comme dans le tableau de Guernica…».

L’Opéra du monde, 1990

Photomontage d’après le bombardement de Phnom Penh par les Khmers rouges dix jours avant leur entrée au Cambodge, avril 1975. © Christine Spengler

Iran, 1979

Cimetière des Martyrs de Qöm. © Christine Spengler

Beyrouth, 1996

La mariée libanaise. © Christine Spengler

Calais, 2016

Un dimanche dans la jungle. © Christine Spengler


Saisissez les éléments à chercher et appuyer sur la touche "entrée"