Il n’y a pas d’empêchement!

Anne-Christine Poujoulat

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Elle est vive, sympathique, talentueuse et unique. Anne-Christine Poujoulat est la seule femme du staff des photographes de l’AFP. Elle n’en fait pas pour autant étalage, tout en ne comprenant pas pourquoi les femmes ne sont pas mieux représentées dans le métier:  Le matériel est lourd, mais il l’est aussi pour les garçons. Quand il y a des bousculades, il n’y a pas de différence de traitement.» dit-elle en écarquillant les yeux. Alors répétons-le avec elle: Il n’y a pas d’empêchement!

Portrait

Marseille, début des années 1990, les années folles, les années fric, les années Tapie. Pour son stage de fin d’études, Anne-Christine Poujoulat choisi l’AFP, plongeant de plain-pied dans l’actualité brûlante. «Quinze jours endiablés durant lesquels j’ai découvert la politique, la photo politique, le photojournalisme. Tapie avait une énergie qui se transcrivait facilement en image, les journaux en étaient friands. On prenait des photos le lundi, elles étaient dans les journaux le mardi, on en prenait le mardi, elles étaient publiées le mercredi», se souvient-elle, parlant de ses années d’apprentissage avec chaleur.

À Marseille, Bernard Tapie, que l’on soupçonne de lorgner la mairie, n’occupe pas uniquement la rubrique politique. Avant de défrayer celle des faits divers, c’est dans les pages sportives que plastronne le patron de l’OM au faîte de sa gloire lorsque son club remporte la coupe d’Europe des clubs champions en 1993, la seule et unique jamais remportée par un club français. À l’AFP, Poujoulat suit le mouvement:  Pigiste, j’acceptais de travailler tous les week-ends et je me suis retrouvée à couvrir beaucoup de foot. De plus, tout le monde parlait de l’OM, ça m’a rendue visible pour l’agence. Mon premier match, c’était avec Papin et Waddle. À l’époque, on travaillait en argentique, vingt minutes de prise de vue et on rentrait vite à l’agence pour développer et transmettre. J’ai fait une photo de Waddle en train de sauter au-dessus d’un autre joueur. Il n’y avait pas d’autofocus donc pas évident d’être nette, mais je l’étais. Et il y avait aussi le ballon sur l’image, la photo parfaite. » Mais qu’on ne s’y trompe pas, bien plus que le sport, c’est la photo de sport que cette femme de 48 ans affectionne particulièrement: «Certains collègues photographes vivent les matchs, moi je ne suis que dans l’image et reste détachée affectivement de l’enjeu.»

Après plus de vingt-cinq ans au bureau de Marseille, à l’automne dernier, Poujoulat a demandé son transfert à Paris, au service sport de l’AFP, troquant le Vélodrome pour le Parc des Princes: «Au PSG, sur le terrain, ça va plus vite. Par contre, dans le stade, on ne retrouve pas l’ambiance des jours de match comme à Marseille. Là-bas, il se passe quelque chose, il y a une âme dans ce club.»

Avec la politique et le sport, Marseille, c’est aussi ces règlements de compte sur fond de trafic de drogue qui gangrènent les citées populaires du nord de la ville, des quartiers où le photographe est rarement le bienvenu. «Sur les règlements de compte, il ne faut jamais être seul, explique-t-elle. Ne pas arriver trop tôt avant les autres journalistes, ni trop tard lorsqu’ils sont déjà repartis. Après un assassinat au cours duquel un enfant d’une dizaine d’années avait été blessé, je suis arrivée trop tard et je me suis retrouvée seule. Je voulais photographier le lieu du crime, le fauteuil où le trafiquant se postait à l’entrée de la cité mais un type était menaçant et refusait de me laisser travailler. Je ne pouvais pas partir sans faire d’image alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, je l’ai regardé et je lui ai dit de manière un peu sèche : “Je vais faire l’image maintenant et dans trente secondes, je suis partie”. Ça a été ma négociation: il m’a regardé et m’a dit d’accord!»

Ne jamais rentrer bredouille de reportage, c’est la devise lorsqu’on veut faire de vieux os dans cette profession pour laquelle Poujoulat conserve une fraîcheur revigorante: «Le métier est aussi dangereux pour une fille que pour un garçon, le matériel est lourd pour tout le monde. Après, il faut relativiser, ce n’est peut-être pas pareil dans tous les pays, j’ai la chance de faire ce métier en France avec des collègues photographes masculins bien élevés pour la plupart.»

Un regard spécifiquement féminin sur l’actualité? Poujoulat s’en défend: «C’est l’envie de la bonne image qui nous pilote.» Dont acte. Reste qu’il n’est pas toujours facile d’être une femme dans cette profession: «À une période, durant un peu plus d’un an, je ne travaillais que pour conserver mon travail, l’argent gagné partait entièrement dans la garde de mes trois enfants [âgés aujourd’hui de 15 à 19 ans]. Je ne voulais pas qu’on dise “maintenant qu’elle a des enfants, elle est moins disponible“, j’avais très peur de cette phrase.» Et si elle regrette de ne côtoyer que peu de femmes, la profession de photographe de presse étant quasi exclusivement masculine, elle n’en reste pas moins optimiste: «Je conseillerais sans aucune retenue ce métier à ma fille, c’est un métier qui me rend très heureuse. Quand je fais une photo, je suis complètement dans l’instant présent. Trouver le cadre, faire entrer la lumière, c’est une petite magie. Je recommande ce métier à toutes les filles.»

Patrick Artinian

Toutes les photos ©Anne-Christine Poujoulat

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